Le bon berger (2) pour quitter l’enclos (Jn 10,11-21)

4ème dimanche de Pâques (B) Jn 10,11-18

Le chapitre 10 de l’évangile de Jean forme une unité narrative qui se déploie en plusieurs sections. J’ai présenté plus haut, les deux premières. Après la porte-gardienne du troupeau, c’est maintenant l’image du bon pasteur conduisant ses brebis qui domine le discours.

  • L’image pastorale de l’enclos, des brebis et du berger Jn 10,1-6
  • Premier interprétation de Jésus  : « Je suis la porte des brebis » Jn 10,7-10
  • Seconde interprétation de Jésus : « Je suis le bon berger » Jn 10,11-18
  • La réaction des auditeurs Jn 10,19-21
  • Les brebis de la fête de la Dédicace Jn 10,22-42
Juvenile Instructor, 1903

Je suis le bon berger (10,11-18)

Jn 10, 11 Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. 12 Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. 13 Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. 14 Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 15 comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. 16 J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. 17 Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. 18 Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

Sortir de l’enclos

Il faut nous rappeler que dans le récit imagé de ce chapitre 10, le berger appelle ses propres brebis pour les faire sortir de l’enclos. Ce verbe ‘faire sortir’ rend compte de la situation des judéo-chrétiens johanniques mais le récit attribue désormais, de manière ironique, cette sortie de la synagogue comme une initiative du berger lui-même. La perte du lieu de culte n’est pas un échec, ni une fin dramatique. Au contraire, c’est un événement qui met en lumière la primauté de la parole sur le lieu, l’initiative salutaire du berger sur ces voleurs pastoraux. Il convient de mesurer le drame épouvantable pour ces premiers chrétiens de l’église de Jean qui furent exclus de ce qui était leur lieu de rassemblement avec leurs autres frères juifs. Mais l’évangéliste, à travers cette image, permet de qualifier autrement ce départ de l’enclos. La sortie de l’ancien troupeau est interprétée, non comme une exclusion, mais comme un acte de fidélité envers l’unique pasteur et à sa Parole.

Cette marche où le troupeau suit la voix de son berger, évoque également la longue marche du peuple de Dieu au désert où la nuée guidait les fils d’Israël fuyant l’esclavage de l’Égypte (Ex 14). Il faut parfois quitter le lieu pour rester fidèle à la Parole. A l’initiative de ce berger divin, ces brebis fidèles sont menées vers le salut, un avenir meilleur d’herbes fraîches.

Niels Larsen, le bon berger, XXe

Le bon berger

Si Jésus est la Porte, il n’est pas seulement réduit à un rôle passif de médiateur. Il endosse maintenant l’image du bon berger. Le qualificatif bon ne désigne pas seulement la bonté du berger. Ce mot souligne aussi la qualité, la compétence, l’excellence de ce pasteur, tel un bon ouvrier. Son rôle est de bien garder son troupeau contre ces loups et mercenaires qui guettent le troupeau maintenant en exil. Car, après les heurts au sein de l’enclos d’hier, il y a les dangers du troupeau ecclésial d’aujourd’hui. C’est un bon berger et sa bonté tient de la fidélité héritée du Père, une qualité qui ne s’exprime pas dans un exclusivisme envers ces brebis de la première mais qui surabonde pour d’autres encore. C’est un bon berger qui veille encore plus loin que son troupeau. Et cette qualité va s’exprimer d’une manière peu ordinaire, en termes de don de sa vie.

Donner sa vie

Soyons francs. Aucun réel berger ne donnerait sa vie pour de simples brebis. Certes, ils peuvent se mettre en danger pour la survie du troupeau, mais aller jusqu’à mourir pour elle ? Aucun berger ne donnerait sa vie pour de simples brebis sinon lui, l’unique et véritable berger qui littéralement ‘dépose’ sa vie pour ses brebis. Jésus associe ainsi son rôle de pasteur à la croix, comme il le fera encore dans son dernier discours à ses disciples : Nul n’a de plus grand amour que celui qui dépose sa vie pour ses amis. (15,13)

La croix du Christ est ainsi présentée comme un don total. Sa vie, il la reprendra annonçant ainsi la victoire de la Résurrection et son dessein de Salut. Cet amour du berger en faveur de ses brebis est mis en parallèle avec le lien qui unit le Père et le Fils. Ainsi le don de sa vie représente cet amour qu’il existe entre le Père et Lui. Finalement seule la fidélité aimante du Christ conduit au Salut et cette dernière passe par l’acceptation de la Parole et la croix.

Stanz Widum, XXe

Réaction des juifs et pharisiens (10,19-21)

Jn 10 19 De nouveau les Juifs se divisèrent à cause de ces paroles. 20 Beaucoup d’entre eux disaient : « Il a un démon, il délire. Pourquoi l’écoutez-vous ? » 21 D’autres disaient : « Ces paroles ne sont pas celles d’un possédé… Un démon pourrait-il ouvrir les yeux des aveugles ? »

A ces paroles, l’auditoire se divise. Une fois de plus, dans l’Évangile selon Jean, la Parole de Jésus amène à prendre parti et suscite la division. La référence à l’aveugle-né, désormais guéri, rappelle l’œuvre du Christ qui ouvre à la vie et à la foi. Mais le débat ne s’arrête pas ici: il se poursuit dans l’épisode suivant qui se déroulera lors de la fête de la Dédicace.

François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).