Une maison sur le roc (Lc 6,46-49)

Parallèle : Mt 7,21-30

La métaphore de la maison bâtie sur le roc vient conclure l’ensemble du discours de Jésus à ses disciples les invitant à mettre en pratique ses paroles.

Carl Bloch, Le sermon sur la montagne, 1890

Comme une maison construite sur le roc (6,46-49)

6, 46 Et pourquoi m’appelez-vous en disant : “Seigneur ! Seigneur !” et ne faites-vous pas ce que je dis ? 47 Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. 48 Il ressemble à celui qui construit une maison. Il a creusé très profond et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l’inondation, le torrent s’est précipité sur cette maison, mais il n’a pas pu l’ébranler parce qu’elle était bien construite.49 Mais celui qui a écouté et n’a pas mis en pratique ressemble à celui qui a construit sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est précipité sur elle, et aussitôt elle s’est effondrée ; la destruction de cette maison a été complète. »

Quiconque vient à moi

Comme dans la version de Matthieu (Mt 7,21-30), la métaphore de la maison construite sur le roc conclut le discours de Jésus commencé avec les béatitudes. La parabole vient illustrer le nécessaire agir des disciples, à la manière du Christ. C’est à eux que l’ensemble du discours s’adressait de manière explicite : 6, 20 Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : 21 « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Aussi, en conclusion, le texte renvoie, de façon insistante, aux destinataires des paroles de Jésus : quiconque vient à moi. Le disciple est invité à mettre en œuvre la parole de son maître et Seigneur.

Seigneur, Seigneur

La confession de foi oblige le disciple à un engagement profond de son être mais non à destination de lui-même ou de Dieu, mais aussi de ses frères. Le vocatif Seigneur fut employé deux fois auparavant. Simon, lors de la pêche miraculeuse, déclarait : 5,8 Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. Et, un peu plus loin, le lépreux implorait Jésus : 5,13 Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. Ces deux adresses au Seigneur Jésus représentaient une profession de foi et une attente d’un salut pour les demandeurs. Dans ce contexte, la double invocation Seigneur, Seigneur ne renvoie pas à des paroles jetées en l’air, vainement. Elles sont une véritable confession de foi. Cependant, cette dernière demeurerait imparfaite si elle restait sur un plan uniquement spirituel et personnel.

De Grebbert, Moïse frappant le Rocher, 1630

Écouter mes paroles et les mettre en pratique

Tout disciple a pour objectif d’écouter les paroles de son maître et les assimiler jusque dans sa vie quotidienne. Le maître juif, comme le docteur de la Loi, instruit ses disciples afin qu’ils entendent et interprètent mieux la Loi de Moïse et ses préceptes à mettre en œuvre. Les verbes écouter et mettre en pratique renvoient à l’attitude du peuple croyant face à la Loi de Moïse comme le rappelle, de nombreuses fois, le livre du Deutéronome.

  • Dt 4,1 Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères.
  • Dt 6,3 Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité, dans un pays ruisselant de lait et de miel, comme te l’a dit le Seigneur, le Dieu de tes pères.
  • etc.

Ainsi, en cette conclusion du discours, les paroles que tout disciple doit écouter et mettre en pratique ne sont pas la Loi mais l’interprétation qu’en donne Jésus, ou plus exactement : elles sont la Loi qu’il incarne et révèlent le royaume de Dieu.

Bâtisseurs de cathédrale, ,moyen-âge

De la Loi au royaume de Dieu

Ces derniers versets renvoient à l’ensemble du discours de Jésus. L’attitude première du disciple est l’écoute : Quiconque vient à moi, écoute mes paroles. Or le discours nous a fait entendre, en premier lieu, non pas des textes de la Loi mais, avec les béatitudes (6,17-26), la bonne nouvelle du royaume. Là, les pauvres héritent du royaume de Dieu et les persécutés se réjouissent, tandis que les riches et les repus sont invités à la conversion et au dépouillement. Ainsi l’écoute de la Parole de Jésus oblige à accueillir un bouleversement qu’amène le royaume. Par ses guérisons et par son pardon, Jésus, au long de ses rencontres, ne cessera d’offrir cette part du royaume à celles et ceux qui sont délaissés.

Ce bouleversement concerne également la Loi. Car, dans cette version du discours de Luc, Jésus met en premier l’amour, non pas du prochain seulement (Lv 19,18), mais des ennemis : 6,27 Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis. Là encore, le disciple doit changer sa perception habituelle en la fondant sur la miséricorde de Dieu (6,36-38). On retrouvera, lors de la crucifixion, cette véritable attitude de Jésus ne blâmant aucun de ses bourreaux, ni accusateurs, pour demander le pardon du Père : 23,34 Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. L’avènement de ce royaume de Dieu permet d’accueillir une véritable filiation venue du Très Haut (6,35), et qui inclut une extrême charité fraternelle, à l’image du Christ.

Tailleurs de pierres, Jérusalem, 1900

La parabole de la maison

Jésus invite à une profonde et durable conversion intérieure. Finalement, en s’adressant à ses disciples, Jésus leur permet de convertir leur vie et leurs relations à la lumière du royaume. Tout est à rebâtir, à creuser, et creuser profond, sur des fondations qui seront désormais solides. Dans la tradition biblique, le roc est une image servant à désigner Dieu, le Seigneur. Ps 18/19,2 Je t’aime, Seigneur, ma force : Seigneur, mon roc, ma forteresse. 3 Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite, mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

Ainsi se superposent les deux images. Qui écoute mes paroles et les met en pratique … a posé les fondations sur le roc. La parole du Christ renvoie à Dieu et à son appui. Mettre en pratique l’amour des ennemis, la miséricorde du Seigneur et la charité fraternelle, tout l’agir du chrétien, n’a de valeur que s’il s’appuie, se fonde, non sur des paroles de sagesse, anonymes, mais sur les actes et les paroles de son Seigneur et Christ. Ainsi, face aux épreuves de l’inondation et du torrent, lesquelles peuvent renvoyer aux persécutions mentionnées au début du discours (6,22), le chrétien pourra compter sur son Seigneur et non sur ses seules forces.

Bien plus, en prenant l’image d’une maison, Luc, par les paroles de Jésus, invite aussi à prendre en compte le caractère ecclésial de la vie chrétienne.


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François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée). cf. bio