La guérison de l’enfant possédé (Lc 9,37-45)

Parallèles : Mt 17,14-21 | Mc 9,14-29

Plus que Marc et Matthieu, Luc associe l’épisode de la Transfiguration à celle de la guérison d’un enfant épileptique. Et comme les deux autres évangélistes, il souligne, pour ce cas, l’incompétence des disciples. Mais pourquoi ?

1605, Transfiguration, Rubens-(détail)

Le lendemain (9,37-40)

9, 37 Le lendemain, quand ils descendirent de la montagne, une grande foule vint à la rencontre de Jésus. 38 Et voilà qu’un homme, dans la foule, se mit à crier : « Maître, je t’en prie, regarde mon fils, car c’est mon unique enfant, 39 et il arrive qu’un esprit s’empare de lui, pousse tout à coup des cris, le secoue de convulsions et le fait écumer ; il ne s’éloigne de lui qu’à grand-peine en le laissant tout brisé. 40 J’ai prié tes disciples d’expulser cet esprit, mais ils n’ont pas pu le faire. »

Le fils unique

Les premiers versets présentent le cadre du récit et mettent en scène la venue de la foule et un homme désespéré par le mal dont souffre son fils. Au regard des autres récits de guérison, la situation narrative est nouvelle puisqu’elle intègre les disciples désignés par leur incompétence. Mais pourquoi ces derniers n’ont-ils pu vaincre ce mal qui ronge l’enfant1 ? Qu’ont-ils manqué ? Le récit répondra plus loin à cette question. Cependant nous pouvons déjà faire plusieurs remarques.

Le passage évoque le cas désespéré d’un enfant unique, comme à Naïm (7,11-17) et comme auprès de Jaïre (8,40-56). Cette mention est propre à Luc. Elle permet d’insister sur le drame : le père présente sa seule descendance et son seul avenir, malade et soumis au monde du mal. Le père l’introduit à Jésus , dans une supplication : je t’en prie, regarde mon fils. La phrase n’est pas sans évoquer la désignation de Jésus, le Fils unique, par le Père : Celui-ci est mon Fils, que j’ai choisi, une élection destinée à une délivrance (4,21-22). Or face à Fils unique, désigné et glorifié, hier, par le Père, se présente, un père aimant, désespéré pour son fils malade.

Ce fils lui est ôté, livré au pouvoir d’un esprit malin, le faisant souffrir, crier, pour l’abandonner, brisé. Et face à cette situation, les disciples n’ont été capables de rien. Comme il sera aussi, lors de la Passion, où les disciples seront incapables, pas même de comprendre et de croire (24,21) face à leur Seigneur, abandonné, crucifié, brisé par le pouvoir mondain.

Ainsi le fils unique renvoie à la figure même du Christ ; l’incapacité des disciples à leur incompréhension ; comme la guérison nous renverra au salut offert.

Icône russe, guérison de l'enfant possédé

Fais avancer ton fils (9,41-42)

9, 41 Prenant la parole, Jésus dit : « Génération incroyante et dévoyée, combien de temps vais-je rester près de vous et vous supporter ? Fais avancer ici ton fils. » 42 À peine l’enfant s’était-il approché que le démon le terrassa et le fit entrer en convulsions. Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le rendit à son père.

Génération incroyante et dévoyée

L’incrédulité est soulevée. Dans le contexte de Luc, elle désigne celle des disciples, du moins ceux qui n’étaient pas avec lui sur la montagne, eux qui furent, par anticipation, les témoins de la glorification du crucifié. Par cette génération incroyante, Luc désigne ainsi ceux qui auront, ou ont, du mal croire à l’avènement du Fils de l’homme en raison de la croix qui semble, à leurs yeux, réduire à néant la prétention messianique de Jésus de Nazareth. C’est cette difficulté, cette incroyance au Christ crucifié et ressuscité, que nous retrouverons auprès des disciples d’Emmaüs (24,11). Une génération qualifiée également de dévoyée : un verbe (diastrépho, διαστρέφω) qui, dans ce contexte, n’est pas d’ordre moral mais désigne ceux et celles qui jettent le trouble et pervertissent la foi des autres. Ainsi, Jésus sera accusé de semer le trouble dans notre nation (23,2).

Il le rendit à son père

Ainsi la guérison de l’enfant est également destinée à la foi des disciples. Luc met en avant la proximité comme lieu de salut. Comme, il en était également lors de la Transfiguration avec ses proches disciples. C’est dans cette proximité que se tient le salut obtenu du Christ seul, comme le suggérait déjà l’épisode de la Transfiguration, épisode où le Christ donnait à voir un autre visage, celui du ressuscité. Un autre visage nous est donné à voir : celui du père qui se fait disciple.

Le père de l’enfant met sa foi en Christ en se mettant à son écoute : Fais avancer ici ton fils. » 42 À peine l’enfant s’était-il approché… Il fait ici ce que les disciples doivent accomplir, selon la volonté de Dieu entendu précédemment : écoutez-le ! (9,35). Comme tout disciple, le père fait s’approcher du Christ, celui qui souffre. Seul le Sauveur combat le mal et en sort victorieux. L’enfant est délivré du mal, rendu à lui-même, rendu à son père aimant. L’action du Christ manifeste, une fois encore, le salut et la délivrance promise.

1520, Transfiguration, Raphael

Ouvrez bien vos oreilles (9,43-45)

9, 43 Et tous étaient frappés d’étonnement devant la grandeur de Dieu. Comme tout le monde était dans l’admiration devant tout ce qu’il faisait, Jésus dit à ses disciples :44 « Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » 45 Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole, elle leur était voilée, si bien qu’ils n’en percevaient pas le sens, et ils avaient peur de l’interroger sur cette parole.

De l’admiration à la croix

Les tentatives de guérison des disciples, ceux qui n’ont pas saisi la figure autre du Christ de Dieu (9,20-22), étaient ainsi voués à l’échec. En dehors de la foi au Christ crucifié à Jérusalem et ressuscité, l’incompréhension demeure. Face au miracle, au sensationnel, tous dont dans l’admiration. Mais Luc, rappelle, une de fois plus, que cette admiration pour le merveilleux doit être purifiée par l’épreuve de la Passion : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. Et là se trouve la véritable grandeur de Dieu qui sera pleinement dévoilée à la Passion.

La crainte d’interroger Jésus à ce sujet établit justement cette difficulté à associer la figure, traditionnellement héroïque, du Fils de l’homme, à un échec : celui que Dieu envoie pourrait-il être livré au pouvoir de simples hommes ? Où est la grandeur de Dieu , de son messie… et de ses disciples ?

  1. L’enfant convulse et écume : Luc décrit les symptômes de l’épilepsie, du moins tel est le diagnostic qu’un médecin poserait aujourd’hui, avec ses connaissances actuelles. Mais, au premier siècle, cette crise pouvait être assimilée à une possession par esprit mauvais – comme, pour l’époque, beaucoup d’autres maladies inexplicables, psychologiques… Tel est le regard du récit sur l’enfant malade. ↩︎
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François BESSONNET
François BESSONNET

Bibliste et prêtre (Vendée). → bio

2 commentaires

  1. J’ai été bénie par vos commentaire de ce passage de la bible( Luc 9: 37-43)
    Surtout le lien entre la souffrance de ce fils unique et les passion du Seigneur.
    J’ai aussi saisi pourquoi le Seigneur a dis à ces disciples qu’ils étaient incrédule et perverse. Maintenant je vois claire .
    Merci beaucoup
    Que Dieu bénisse votre ministère

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