Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Désert 19 – Agar alla errer dans le désert de Bershéba (Gn 21)

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Agar partit et alla errer dans le désert de Bershéba (Gn 21,14)

Avant de rejoindre cette femme dans ce désert et dans son errance, il convient sans doute de nous rappeler qui est Agar.

Nous sommes dans le cycle d’Abram (Abraham) le patriarche à qui Dieu a promis une terre et une descendance nombreuse. Cependant sa femme Saraï (Sara) est non seulement âgée mais stérile. Aussi dans son incrédulité, bien compréhensible, elle invite son époux à s’unir à sa servante Égyptienne nommée Agar (Gn 16). Elle donnera au patriarche un fils nommé Ismaël (ancêtre de nos Ismaélites rencontrés lors de la vente de Joseph par ses frères désert 15.) Or cinq chapitres et bien des années plus tard (14 ans selon Genèse), Sara qui se riait du projet de Dieu met au monde un enfant nommé Isaac. Ainsi commence notre récit :

L’enfant grandit, et il fut sevré. Abraham donna un grand festin le jour où Isaac fut sevré. Or, Sara regardait s’amuser Ismaël, ce fils qu’Abraham avait eu d’Agar l’Égyptienne. Elle dit à Abraham : « Chasse cette servante et son fils ; car le fils de cette servante ne doit pas partager l’héritage de mon fils Isaac. »  Cette parole attrista beaucoup Abraham, à cause de son fils Ismaël, mais Dieu lui dit : «Ne sois pas triste à cause du garçon et de ta servante ; écoute tout ce que Sara te dira, car c’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom ; mais je ferai aussi une nation du fils de la servante, car lui aussi est de ta descendance.» Gn 21,8-11.

Jan Mostaert, le banissement d'Hagar, 1520

Il y a deux projets dans ce récit ou plutôt deux visions de l’héritage. Il y a  le projet de Sara, bien humain, qui ne veut plus de la présence d’Agar et son fils. Ce n’est pas nouveau. Déjà quand Agar fut enceinte, Sara craignait de perdre sa place d’épouse à cause de l’attitude de l’Égyptienne (Gn 16). Leur désaccord, pour résumé, avait obligé Agar à fuir au désert avant qu’un ange la rattrape et la fasse retourner au camp d’Abram. Notre situation n’est pas nouvelle. Sara craint pour l’héritage de son fils, elle craint pour son appauvrissement. Selon Sara, hériter c’est partager des biens.

Et puis il y a le projet de Dieu, pour qui hériter, être de la descendance, c’est multiplier une même promesse. Certes Isaac, l’enfant de la promesse, deviendra le père d’Israël-Jacob, mais il existe aussi un don prévu pour Ismaël répondant à la promesse faite à Abram. C’est ce que nous raconte la suite de notre histoire :

Le désert d’Agar

Abraham se leva de bon matin, il prit du pain et une outre d’eau, il les posa sur l’épaule d’Agar, il lui remit l’enfant, puis il la renvoya. Elle partit et alla errer dans le désert de Bershéba. Quand l’eau de l’outre fut épuisée, elle laissa l’enfant sous un buisson, et alla s’asseoir non loin de là, à la distance d’une portée de flèche. Elle se disait : « Je ne veux pas voir mourir l’enfant ! » Elle s’assit non loin de là. Elle éleva la voix et pleura.  Dieu entendit la voix du petit garçon ; et du ciel, l’ange de Dieu appela Agar : « Qu’as-tu, Agar ? Sois sans crainte, car Dieu a entendu la voix du petit garçon, sous le buisson où il était. Debout ! Prends le garçon et tiens-le par la main, car je ferai de lui une grande nation. » Alors, Dieu ouvrit les yeux d’Agar, et elle aperçut un puits. Elle alla remplir l’outre et fit boire le garçon. Gn 21,14-19.

Luigi Alois Gillarduzzi, Agar et Ismaël au désert,1851

Nous voilà donc dans notre désert. Ce désert est celui de l’égarement et de la mort. La mort pour l’enfant et l’égarement pour une mère qui ne sait plus que faire. Plus de pain, ni d’eau dans un désert sec et rocailleux. Ce n’est pas tant le pain et l’eau qui manquent d’ailleurs que l’Espérance. Il ne reste qu’à attendre la mort de l’enfant. Une fois de plus, Dieu tend l’oreille. Et comme le souligne le récit, la voix qu’il entend n’est pas celle que nous avons entendu. Elle éleva la voix et pleura. Dieu entendit la voix du petit garçon. Indépendamment de la misère d’Agar, Dieu a entendu celui qu’on n’entendait pas et vu celui qui était sous le buisson : le plus caché, le plus silencieux, le plus fragile…  Je ne peux pas voir mourir l’enfant disait Agar. J’ai entendu l’enfant répond le Seigneur par son messager. Le projet de Dieu s’ouvre toujours sur la vie et l’avenir.

Gheorghe Tattarescu, Agar au désert (1870)

Car au-delà de la fragilité visible de l’enfant, une grande nation se cache. Ce que les yeux n’ont pu voir, Dieu le lui révèle. Sa promesse, qui est toujours une promesse de vie, ne peut mourir. La voix du Seigneur relève et guide. Agar est debout vivante. Agar redevient mère tenant son fils par la main, promis à un avenir. Dieu a vaincu, pour elle et Ismaël, son errance et sa désespérance. Un puits les attend, non pas une citerne, un vrai et profond puits d’eau fraîche. Un puits que ses yeux, et nos yeux peut-être, ne pouvaient voir, un puits de Vie et d’Espérance.

Et Ismaël deviendra ainsi l’ancêtre des nomades du Sinaï et du Néguev. Dieu fut avec lui, il grandit et habita au désert, et il devint un tireur à l’arc. Il habita au désert de Parane, et sa mère lui choisit une femme du pays d’Égypte. Gn 21,20-21.

Les citations et références sonores (podcast)

AUDIO

Les dix commandements, film de Cecil B. DeMille (1956) avec Charlton Heston, Yul Brynner

TEXTES

La fuite d’Agar enceinte (Gn 16) : https://www.aelf.org/bible/Gn/16

L’expulsion d’Agar et d’Ismaël (Gn 21) : https://www.aelf.org/bible/Gn/21

Retrouvez la série « 40 déserts » sur  https://www.aularge.eu/blog/40-deserts-2/

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).
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