Le don du commandement de l’amour mutuel (Jn 13,31-38)

5ème dim. de Pâques (C) 13,31-33a.34-35

Le geste de la bouchée offerte à Judas introduit le don de l’amour mutuel. La communauté marquée par la trahison est invitée à demeurer dans le don de l’amour du Christ et à en vivre dans leur quotidien.

Le Nain, Le reniement de Pierre, v. 1648

Aimez-vous les uns, les autres (13,31-35)

Jn 13, 31 Quand il fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. 32 Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt. 33 Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs : “Là où je vais, vous ne pouvez pas aller”, je vous le dis maintenant à vous aussi. 34 Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. 35 À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

Le Fils de l’homme est glorifié

La mention de la sortie de Judas rappelle d’une part cette communauté blessée, déchirée, qui annonce déjà les épreuves de la communauté johannique, et la présence des ténèbres, ce lieu hostile au plan de Dieu et à la manifestation de son amour. Pourtant, c’est bien au cœur du drame et des ténèbres, entre la trahison de Judas et l’annonce du reniement de Pierre, que Jésus manifeste sa glorification. Il s’agit, pour l’évangéliste, d’affirmer que l’abandon de disciples et le drame de la croix, ne sont en rien un signe de la désertion de Dieu. Au contraire, il affirme ici la pleine solidarité du Père au cœur des épreuves du Fils. La Passion devient le lieu central de la révélation, mais également la source de la vie ecclésiale.

Comme je vous ai aimés

Le commandement de l’amour mutuel est ainsi associé à cette Passion prochaine. Après les titres de Maître et de Seigneur, c’est l’amour lui-même qui reçoit une autre définition. L’amour prend le visage du Christ crucifié et glorifié par le Père, et les disciples sont invités à vivre de ce don. Le commandement désigne, dans la tradition biblique, la volonté même de Dieu à travers sa Loi, sa Parole, sa Torah. Désormais, ce dessein de Dieu se révèle en Christ. Par ce commandement, Jésus définit la vie ecclésiale comme un véritable témoignage de foi : tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. Cet amour mutuel façonne la communauté des disciples, qui, se nourrissant de sa vie et de sa Parole, devient un témoignage vivant de l’Évangile. Mais cet amour mutuel ne peut se comprendre qu’à la lumière de la Passion.

Adam de Coster, Le reniement de Pierre, XVIIe s.

Seigneur où vas-tu ? (13,36-38)

13, 36 Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; tu me suivras plus tard. » 37 Pierre lui dit : « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour toi ! » 38 Jésus réplique : « Tu donneras ta vie pour moi ? Amen, amen, je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois.

Reniement annoncé

Le reniement annoncé de Simon-Pierre rappelle, une fois encore, le contexte de la Passion. Face à celle-ci, Simon-Pierre demeure dans l’incompréhension notamment sur la question du départ de Jésus dont il ne saisit pas le sens. Ce départ de Jésus prend sens avec la croix, auquel Simon-Pierre ne peut se résoudre et qu’il ne réalise pas. Le texte fait écho au lavement des pieds durant lequel Jésus indiquait au même disciple qu’il comprendrait plus tard. Ici, encore, le disciple pour suivre son Seigneur, doit accueillir la Passion et la résurrection, ce plus tard dont il est encore question. Simon-Pierre en fera l’expérience, jusqu’en sa faiblesse. C’est grâce à la croix et à la glorification auprès du Père, que le disciple peut suivre son Seigneur. Simon-Pierre comme tout disciple doit également abandonner toute prétention à se substituer au seul et unique Sauveur. Simon-Pierre ne donnera pas sa vie pour Lui. C’est Lui, Jésus, le Fils, qui donne, dépose, déjà sa vie pour ses disciples. Mais cela Pierre n’en prendra conscience que plus tard. Son reniement prochain, et triplement affirmé, représente l’expression même de son incapacité à suivre Jésus dans sa Passion, à aimer jusqu’au bout. Il ne pourra saisir cet aspect qu’en acceptant le don de l’amour révélé à la croix notamment avec la rencontre du Crucifié-Ressuscité (Jn 20-21).

Sans le Christ, crucifié-ressuscité, le disciple ne peut suivre, son Seigneur, par ses propres moyens, ni aimer comme lui.

François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).