Préambule à trois voix (Mc 1,1-3)

2ème dimanche de l’avent (B) Mc 1,1-8

En quelques mots, tout est là, le début et la fin. Tout semble déjà dit : le dénouement victorieux et le nom du vainqueur. Et pourtant rien n’est encore totalement dévoilé :

Marc 1,1 COMMENCEMENT DE L’ÉVANGILE de Jésus, Christ, Fils de Dieu. 2 Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. 3 Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

Première voix : une parole de Foi

En premier lieu, la voix de Marc retentit, voix de ce commencement, hymne de la Victoire, Bonne Nouvelle1 comme déjà sortie du tombeau. L’histoire est célèbre et célébrée mais nous avons, encore et toujours, à re-connaître Jésus qui s’avance (Mc 1,9) pour le confesser comme Christ (Mc 8,29) et le contempler, au Vendredi saint, comme Fils de Dieu (Mc 15,39). Trois mots que Marc a disposés dans son évangile comme pour baliser notre route, mais surtout trois noms encore énigmatiques qu’il nous obligera à revisiter. Si ce commencement désigne la fin, le chemin, quant à lui, reste encore à parcourir : chemin de découvertes, de déconvenues, de conversions, de joies à l’écoute de Celui qui vient. Première voix, parole de Foi sans crainte, mais non sans question.

Deuxième voix : celle d’une Espérance

Dans la bouche de l’évangéliste, jaillit le chant des prophètes venant du cœur de l’Écriture. Marc emprunte d’abord un verset du prophète Malachie (Mal 3,1) annonçant la venue du messager de Dieu pour restaurer son peuple. À celle-ci se mêle surtout la voix d’Isaïe introduisant le livre de la consolation d’Israël (Is 40,3). Un passage qui, au cœur du livre d’Isaïe, exprime l’attachement fidèle de Dieu à son peuple déporté et sa promesse d’un salut. Ainsi, en reprenant l’Écriture, Marc annonce, pour la Judée jusqu’à Rome, la fin de l’exil, de l’humiliation, pour tout le peuple, d’hier à aujourd’hui. L’avenir est là. Son messager porte Sa Parole et nous devance. Dieu, l’invisible et l’ineffable, se donne à voir et à entendre. La gloire du Seigneur se révélera et toute chair verra le salut de Dieu, car le Seigneur a parlé… voici votre Dieu poursuit le prophète (Is 40,5.10). Deuxième voix, voix de l’Espérance en un Dieu d’Alliance qui répond à l’attente de son peuple, par son Christ.

Désert de Judée

Troisième voix : le cri de la Charité

Et si Marc chante Isaïe, le prophète nous fait prêter l’oreille à cette autre voix qui crie dans le désert. Sans doute influencés par Matthieu, Luc et Jean, nous associons trop rapidement cette troisième voix à celle annonçant le baptiste. Or cette voix n’est encore, à cette étape, qu’un cri anonyme. Pour crier l’évangéliste au lion2 emploie ici un verbe grec particulier : boaô /βοάω qu’il n’emploiera qu’une seule autre fois – ce qui lui donne toute son importance – dans la bouche même du crucifié qui à la neuvième heure cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï lama sabactani » (15,39). La voix du désert nous incite à épierrer, déblayer, araser le chemin de nos vies, pour mieux nous préparer au cri de la croix. De la parole d’un commencement au cri d’une vie offerte, la bouche de Dieu répond aux clameurs de toute l’Écriture et à celles de tous les hommes.

Le cri au désert rejoint tous les cris de l’histoire du Salut. Ce cri du sang innocent d’Abel (Gn 4,10), cri d’un peuple assoiffé au désert (Ex 15,25), cri du pauvre qui appelle (Dt 15,29). Et, sur notre chemin d’Évangile, tant de voix encore s’élèveront : depuis les hurlements des possédés (1,23) jusqu’aux pleurs des endeuillés (5,38); depuis l’appel implorant d’un aveugle (10,47) jusqu’aux injures des bourreaux (15,13); depuis la louange d’une foule (11,9) jusqu’au chant d’un coq (14,72).

Comme en réponse à tous ces drames et appels, qui sont aussi les nôtres, la parole du Seigneur et le cri de son Messie rugissent en cette troisième voix, celle de l’Amour de Dieu, voix qui appelle, qui soigne, qui encourage et donne vie : amour ardent jusqu’à la croix, ton donné afin que tous s’accordent.

La voix du désert résonne comme le top départ d’une marche aux côtés de Celui qui est attendu. Dans ce désert, revenu un temps au silence, la voix annonciatrice de Jean le baptiste s’élève.

à suivre


  1. Bonne Nouvelle traduit le mot évangile
  2. cf Marc et le Lion, in boite à outils

François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).
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