L’amour à travers toit (Mc 2,1-12)

7ème dimanche ord. (B)

Et nous voilà de retour à la maison de Capharnaüm après une pérégrination en Galilée. Cela aurait dû être, comme en toutes maisons, un temps de vie simple, familial et de repos bien mérité. Il en sera autrement. Cinq récits de controverses vont se succéder depuis ce passage jusqu’à la guérison d’un homme à la main sèche (2,1-3,6).

Mc 2, 1 Quelques jours plus tard, Jésus revint à Capharnaüm, et l’on apprit qu’il était à la maison. 2 Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte, et il leur annonçait la Parole.

Une maison type à Capharnaüm

Une maison pour sa Parole

Très vite, l’endroit est pris d’assaut. Il devient un lieu de rassemblement où Jésus enseigne, parallèlement à la synagogue1. Peu importe qu’ils soient dix ou cinquante à s’entasser, la maison galiléenne n’est pas si grande2. En utilisant le verbe se rassembler, Marc ne désigne pas une file d’attente de curieux ou de malades espérant un miracle, mais des hommes et des femmes venus d’abord l’écouter. Et le fait est là : il n’y a plus de place.

Voyant leur foi

Mc 2, 3 Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes. 4 Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de lui, ils font une ouverture, et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. 5 Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. »

Longtemps, je m’imaginais ces personnes se mettant en quatre, soulevant leur ami paralytique, afin que le Nazaréen fasse un petit miracle supplémentaire. Mais, à bien y regarder, ne serait-ce pas autre chose qui les motive ? Marc nous a précédemment averti : la foi véritable naît de l’écoute féconde de sa parole et non d’une croyance en ses seuls miracles. Jésus, voyant la foi de ces hommes, nous montre qu’ils s’inscrivent dans la dynamique du règne et du Salut, déjà inaugurée en cette même maison (1,29). Comme de vrais disciples de Jésus, leur témoignage de foi est visible dans le service de la charité.

Ne réduisons pas non plus ce paralytique à son handicap, ni à un désir de guérison qui est, à ce moment du récit, probablement plus le nôtre que le sien. Lui aussi a le droit d’écouter la parole et, entrer dans la foi. La mission des disciples n’est-elle pas justement d’amener vers Jésus ces personnes que les fragilités et les blessures laissent à la porte, quitte à franchir audacieusement bien des barrières et des toits ?

Mosaïque, Eglise Saint Apollinaire, Ravenne (Italie)

À travers le toit

Il y a encore peu, nous étions sur la rive du Jourdain. Les cieux s’ouvraient sur Jésus, levant alors la frontière entre le ciel et la terre. Maintenant, le toit s’ouvre. La barrière de la foule ne peut plus empêcher, le faible de descendre auprès de Jésus. À l’amour de Dieu pour son fils bien-aimé répond maintenant la foi de ces Galiléens pour ce Fils de l’homme bien aimant (v.10). Le même mouvement anime le même amour et la même foi en Jésus. Et à la voix de Dieu pour son fils, succède maintenant la voix du Fils pour cet homme : tes péchés sont remis. Certes, nous nous attendions sans doute à une formule de guérison. Mais seule sa parole de réconciliation résonne dans cette petite salle bondée. La présence de Jésus ôte obstacles et résistances pour ouvrir sur un renouveau.

Mc 2, 6 Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes : 7 « Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » 8 Percevant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils se faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? 9 Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien lui dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? 10 Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… – Jésus s’adressa au paralysé –

Enluminure. Jésus guérit le paralytique.

Première controverse

Les scribes qui possèdent le savoir ont raison, du moins a priori. Il est facile de dire tes péchés sont remis. Ce ne sont que des mots qui demeurent sans effet si l’on n’est qu’un homme, pas même lévite, scribe ou prêtre. Car le péché, par définition, est ce qui offense et sépare de Dieu. La réconciliation concerne l’offenseur et l’offensé, le pécheur et le Seigneur. Par conséquent, soit ce Nazaréen est un ignorant qui affirme n’importe quoi, soit il parle sérieusement et, dès lors, il blasphème, il s’approprie un pouvoir qui ne lui appartiendrait pas.

Les scribes contestent donc l’agir de Jésus. Marc les décrit comme un groupe à part, raisonnant entre eux, assis. Face aux raisonnements logiques et attendus de ces spécialistes, se tient celui qui, debout, porte l’inattendu du royaume. Maintenant, il leur suggère l’origine divine de son autorité : sa parole de pardon est aussi efficace que sa parole de guérison. Il est le Fils de l’homme, autre titre désignant le Messie attendu (nous aurons l’occasion d’y revenir).

Renaître

Mc 2, 11 je te le dis, lève-toi, prends ton brancard, et rentre dans ta maison. » 12 Il se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »

Et voilà que celui qui était couché, paralysé, se lève et marche. Cet homme qu’on descendait du toit, peut maintenant prendre la porte. Celui qu’on transportait, porte lui-même son grabat. Ce grabat qui vaut tous les témoignages bavards. La parole de Jésus est une parole qui fait revivre, qui fait renaître celui qu’il appelait déjà mon enfant (2,3). Le paralytique se meut pour aller dans sa maison. Et tous, stupéfaits, rendent gloire à Dieu. Non pas à Jésus, mais à Dieu… Tous ont compris combien les paroles de Jésus, et ses gestes, ne proviennent pas de lui seul mais du Père, donnant tort aux raisonnements des scribes. Jésus a donc ouvert l’homme au pardon de Dieu.

Mosaïque, Eglise Saint Apollinaire, Ravenne (Italie)

Rien de pareil

Cependant, ont-ils la mémoire si courte pour déclarer n’avoir jamais rien vu de pareil à Capharnaüm ? Ont-ils oublié l’exorcisme de l’esprit impur, la guérison de la belle-mère fiévreuse, des malades et des démoniaques, sans oublier le lépreux ? Qu’y a t-il ici de si extraordinaire ? Est-ce un miracle plus grand, plus fort ? Nous connaissons, maintenant, assez Marc pour deviner sa subtilité. La stupéfaction de la foule veut associer la double action de Jésus à l’action de grâce envers Dieu. La voix des témoins rend compte de l’inédit qui s’est opéré sous leurs yeux.

Désormais, la maladie, le handicap… ne peuvent plus être interprétés, selon la croyance populaire, comme une sanction divine faisant suite aux péchés des hommes. Tels que vient le révéler Jésus, les deux éléments, péché et maladie, sont dissociés et bénéficient, l’un puis l’autre, de la même restauration divine, sans qu’il n’y ait de cause à effet entre pardon et guérison, mais une quasi-simultanéité et plus certainement une même grâce.

Ne rien voir de tel… en rendant Gloire à Dieu : l’expression ne renvoie donc pas au miracle, ni au miraculé mais à la personne de Jésus et son pouvoir de réconciliation entre Dieu et les hommes. Les gens présents reconnaissent l’avènement d’une réelle nouveauté. Rien ne s’est vu de tel… un refrain connu du récit des plaies d’Égypte (Ex 9,24 ; 10,6 ; Dt 11,2). Comme si les signes et prodiges du Nazaréen annonçaient un nouveau salut pour le Peuple, une nouvelle Pâque.

à suivre


  1. Marc utilise ici le verbe sunagô (συνάγω) signifiant rassembler et dont est issu le mot synagogue.
  2. en savoir plus  sur interbible.org ou custodia.org

François BESSONNET

Bibliste et prêtre pour le diocèse de Luçon (Vendée).
0 0 voter
Évaluation de l'article
1 Commentaire
le plus récent
le plus ancien le plus populaire
Inline Feedbacks
View all comments
Robert Père Malonda
Robert Père Malonda
3 années

Merci beaucoup père François pour la réflexion.