L’amour à travers toit (Mc 2,1-12)


Evangile selon Saint Marc / jeudi, décembre 14th, 2017
(modifié le: vendredi 15 février 2019)

Et nous voilà de retour à la maison de Capharnaüm après une pérégrination en Galilée. Cela aurait dû être, comme en toutes maisons, un temps de vie simple, familial et de repos bien mérité. Il en sera autrement.

Il entra à nouveau à Capharnaüm, quelques jours après, et l’on apprit qu’il était à la maison. Beaucoup de gens s’y rassemblèrent si bien qu’il n’y avait plus de place, pas même aux abords de la porte ; et il leur dispensait la parole. (2,1-2)

Une maison pour sa Parole

Très vite la salle est prise d’assaut. Elle devient un lieu de rassemblement où Jésus enseigne, parallèlement à la synagogue1. Peu importe qu’ils soient dix ou cinquante à s’entasser (la maison n’est pas si grande2) , en utilisant le verbe “se rassembler”, Marc souligne qu’il ne s’agit pas d’une file d’attente de curieux ou de malades espérant un miracle, mais d’hommes et de femmes venus d’abord l’écouter. Et le fait est là : il n’y a plus de place.

Voyant leur foi

Alors des gens vinrent lui amener un paralytique transporté par quatre hommes. Et, comme ils ne pouvaient le porter près de lui à cause de la foule, ils découvrirent le toit à l’endroit où il était, et faisant une ouverture, ils descendirent le grabat où était couché le paralytique. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : “Mon enfant, tes péchés te sont remis.” (2,3-5)

Longtemps, je m’imaginais ces personnes se mettant en quatre, soulevant leur ami paralytique, afin que le Nazaréen fasse un petit miracle supplémentaire. Mais, à bien y regarder, ne serait-ce pas autre chose qui les motive ? Marc nous a précédemment averti : la foi véritable naît de l’écoute féconde de sa Parole et non d’une croyance à ses seuls miracles. Jésus, voyant la foi de ces hommes, nous montre qu’ils s’inscrivent dans la dynamique du Règne et du Salut, déjà inaugurée en cette même maison. Comme de vrais disciples de Jésus, leur foi se rend visible.

Ne réduisons pas non plus ce paralytique à son handicap, ni à un désir de guérison qui est, probablement, plus nôtre que sien. Lui aussi a le droit d’écouter la Parole et entrer dans la foi. La mission des disciples n’est-elle pas justement d’amener vers Jésus ces personnes que les fragilités et les blessures laissent à la porte, quitte à franchir audacieusement bien des barrières et des toits.

À travers le toit

Il y a encore peu, nous étions sur la rive du Jourdain. Les cieux s’ouvraient sur Jésus, levant alors la frontière entre le ciel et la terre. Maintenant le toit s’ouvre. La barrière de la foule ne peut plus empêcher le faible de descendre auprès de Jésus. À l’amour de Dieu pour son Fils bien-aimé répond maintenant la foi de ces Galiléens pour ce Fils de l’homme bien aimant. Le même mouvement anime le même amour et la même foi en Jésus. Et à la voix de Dieu pour son Fils, succède maintenant la voix du Fils pour cet homme : tes péchés sont remis. Certes, nous nous attendions sans doute à une formule de guérison. Mais c’est sa parole de réconciliation, signe de son amour surabondant, qui résonne dans cette petite salle bondée. La présence de Jésus ôte obstacles et résistances pour ouvrir sur un renouveau.

Première controverse

Or quelques scribes étaient présents, assis, qui raisonnaient en leur cœur : “Comment celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul ?” Aussitôt Jésus, connaissant en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, leur dit : “Pourquoi raisonnez-vous ainsi dans vos cœurs ? Qu’y a-t-il de le plus facile ? Dire au paralytique : Tes péchés te sont remis, ou de lui dire : Lève-toi, prends ton grabat et marche ? Mais afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité le pouvoir de remettre les péchés sur la terre…” Il dit au paralytique : (2,6-10)

Les scribes ont raison, a priori. C’est normal puisqu’ils possèdent le savoir. Il est facile de dire “tes péchés sont remis.” Ce ne sont que des mots qui demeurent sans effet si l’on n’est qu’un homme, pas même lévite, scribe ou prêtre. Car le péché, par définition, est ce qui offense et sépare de Dieu. S’il y a une réconciliation c’est entre l’offenseur et l’offensé, entre le pécheur et le Seigneur. Par conséquent, soit ce Nazaréen est un ignorant qui dit n’importe quoi, soit il parle sérieusement et dès lors, il blasphème, il s’accapare un pouvoir qui ne lui appartiendrait pas.

Les scribes contestent donc l’agir de Jésus. Marc les décrit comme un groupe à part, raisonnant entre eux, assis. Cette position est généralement celle du maître qui enseigne tandis que les disciples se tiennent debout. Face aux raisonnements logiques et attendus de ces spécialistes, se tient celui qui porte l’inattendu du Royaume. Il s’agit maintenant de leur démontrer l’origine divine de son autorité, que sa parole de pardon est aussi efficace que sa parole de guérison. Il est le Fils de l’Homme, autre titre désignant le Messie attendu (nous aurons l’occasion d’y revenir).

Renaître

“Je te dis : lève-toi, prends ton grabat et va dans ta maison.” Il se leva et, aussitôt, prenant son grabat, sortit devant tous, si bien qu’ils étaient stupéfaits et rendaient gloire à Dieu, en disant : “Nous n’avons jamais rien vu de pareil.” (2,11-12).

Et voilà que celui qui était couché, paralysé, se lève et marche. Cet homme qu’on descendait du toit, peut maintenant prendre la porte. Celui qu’on transportait, porte lui-même son grabat. Ce grabat qui vaut tous les témoignages bavards. La parole de Jésus est une parole qui fait revivre, qui fait renaître celui qu’il appelait déjà “Mon enfant” (2,3). Le paralytique se meut pour aller dans sa maison : une fois de plus la guérison s’ouvre à une mission de proximité. Et tous, stupéfaits, rendent gloire à Dieu. Non pas à Jésus, mais à Dieu… Tous ont compris que ce que dit Jésus, ce qu’il fait, ne vient pas de lui mais du Père, donnant tort aux raisonnements des scribes. Jésus a donc ouvert l’homme au pardon de Dieu.

Rien de pareil

Mais, ont-ils la mémoire si  courte pour déclarer n’avoir jamais rien vu de pareil ?  Ont-ils oublié l’exorcisme de l’esprit impur, la guérison de belle-mère fiévreuse, des malades et des démoniaques, sans oublier le lépreux ? Qu’y a t-il ici de si extraordinaire ? Est-ce un miracle plus grand, plus fort ? Nous connaissons, maintenant, assez Marc pour deviner sa subtilité. La stupéfaction de la foule associe la double action de Jésus à l’action de grâce envers Dieu. La voix des témoins rend compte de l’inédit qui s’est opéré sous leurs yeux.

Désormais, la maladie, le handicap… ne peuvent plus être interprétés, selon la croyance populaire, comme une sanction divine suite au péché des hommes. Telle que vient le révéler Jésus, les deux éléments, péché et maladie, sont dissociés et bénéficient, l’un puis l’autre, de la restauration divine.

‘Ne rien voir de tel… en rendant Gloire à Dieu’  l’expression renvoie donc non au miracle, ni au miraculé mais à la personne de Jésus et son pouvoir de réconciliation entre Dieu et les hommes. Les gens présents reconnaissent l’avènement d’une réelle  nouveauté. Rien ne s’est vu de tel... un refrain connu du récit des plaies d’Égypte (Ex 7-13), comme si les signes et prodiges du Nazaréen annonçaient un nouveau salut pour le Peuple, une nouvelle Pâque.

à suivre


Marc 2,1-12

  1. Marc utilise ici le verbe sunagô (συνάγω) signifiant rassembler et dont est issu le mot synagogue
  2. en savoir plus  sur interbible.org ou custodia.org

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