Blog et podcast par François, prêtre et bibliste

Préférer devenir disciple (Lc 14,25-33)

Évangile du 23ème dimanche ordinaire (année C)
Lc 14,25-33

Après les paraboles sur la préséance des pauvres au repas du Royaume, Luc évoque la préférence du Christ dans la vie des disciples. Dans ces chapitres de l’évangile de Luc, Jésus marche toujours vers Jérusalem. Ce périple semble bénéfique : après ses miracles, discours et paraboles, une foule nombreuse fait maintenant route avec lui. Mais se mettre à la suite de Jésus c’est d’abord preuve de lucidité et de discernement. L’évangile met en garde ces disciples qui se comporteraient comme de doux rêveurs ou des va-t-en-guerre.

Renoncer à la famille pour la croix

Lc 14 25De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : 26 « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. 27 Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.

On aimerait tous suivre un faiseur de miracles qui diffuse des paroles remplies de sagesse. En matière de développement personnel, on ne pourrait mieux faire. Mais se mettre à la suite de Christ, faire route avec Lui, suppose un tout autre choix que l’assurance d’un bienfait immédiat et personnel. Luc nous rappelle avec cet épisode que suivre le Christ peut demander une rupture radicale d’avec le milieu familial et son héritage. Bien plus, Jésus donne à contempler sur ce chemin de foi, l’horizon de la croix, c’est-à-dire du don ultime de soi.

Renoncer à l’utopie pour le discernement

Lc 14 28Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? 29 Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : 30 “Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !”

Rembrandt, Jesus et ses disciples, 1634

Paradoxalement, suivre Jésus nécessite de s’asseoir. L’expression mérite notre attention : « commencer par s’asseoir ». Jésus invite au discernement et au réalisme. Dans une époque (la nôtre) où le ressenti, l’émotionnel, a plus d’importance que la raison, il convient de souligner combien déjà au temps de l’évangile, foi et raison vont de pair. La vie de tout disciple doit s’inscrire dans un sain(t) discernement qui laisse apparaître ses limites. Une fois encore, cela requiert une once d’humilité et de patience. Être disciple n’est pas un acquis mais un devenir, une vie à bâtir.

Renoncer à l’orgueil du combat pour une paix humiliante

Lc 14 31 Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? 32 S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix.

Avec ce troisième exemple, Jésus met en garde contre l’orgueil belliqueux de certains disciples. Ces va-t-en-guerre de la foi contredisent la croix même de Jésus. Le discours vise à souligner la nécessaire humilité et le réalisme de la situation des chrétiens dans un monde de pouvoir. Le vrai roi qui se révélera lors de la passion de l’évangile, est celui qui, sur la croix, apporte son pardon et sa paix. La vie du disciple est ainsi configurée au Christ, dans un triple renoncement à une stabilité familiale, à une réussite personnelle et à une victoire mondaine. C’est ainsi que le discours de Jésus s’achève par cette invitation radicale :

Lc 14 33Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

Le sel qui se dénature :

La mission du disciple est de donner ce goût d’évangile et cette saveur du Royaume qui donnent plus à convaincre librement qu’à vaincre outrageusement. Le goût du pouvoir, le désir de conquête et de réussite dénaturent ce sel de la foi, comme le laissent entendre les versets conclusifs de ce passage, omis dans nos liturgies :

Lc 14 34C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel lui-même se dénature, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? 35 Il ne peut servir ni pour la terre, ni pour le fumier : on le jette dehors ! Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »

François

Prêtre catholique et bibliste du diocèse de Luçon (Vendée).

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