Dimanches et fêtes de novembre

Novembre, Année C

Les dimanches de novembre se suivent mais ne se ressemblent pas. Il serait audacieux d’en trouver le thème commun voire un fil conducteur – sinon le Christ évidemment. Aussi, je vous propose de revenir sur l’origine et le sens des quatre fêtes particulières de ce mois.

Le calendrier du mois

Toussaint ou solennité de tous les saints

Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux !” Matthieu 5, 12a

Gerard de Saint-Jean, Arbre de Jessé, 1500
Gérard de Saint-Jean, Arbre de Jessé, 1500 (détail)

A l’origine, dès le IVe siècle, les Églises de Syrie célébraient la fête de tous ses saints martyrs1 à l’occasion du 2e dimanche de la Pentecôte. Puis, le 13 mai 610, eut lieu la dédicace de l’église Sainte Marie aux Martyrs, l’ancien Panthéon de la ville de Rome, par le pape Boniface IV. Le panthéon avait été bâti au Ier siècle avant notre ère, par le général Marcus Agrippa, pour être le temple dédié à toutes les divinités romaines. Sa christianisation en fit un sanctuaire dédicacé à tous les martyrs de Rome.

Vers 735, le pape Grégoire III dédia à tous les saints une chapelle de la basilique Saint Pierre du Vatican. Il faut attendre l’an 835 pour que le pape Grégoire IV étende à toutes les églises catholiques cette fête désormais célébrée le 1er novembre.

Depuis les saints martyrs syriens et romains, la fête de la Toussaint célèbre désormais tous les saints et saintes, connus et inconnus. Car la sainteté ne se résume pas à un décret de l’Église de Rome, ni à un statut figé. Elle désigne celles et ceux que Dieu a élevés et qui, vivants auprès de lui, intercèdent encore pour les vivants d’ici bas. Ce que la tradition de l’Église appelle la communion des saints.

La solennité de tous les saints nous met devant les yeux la foule immense des rachetés pour nous dévoiler l’avenir vers lequel nous sommes en marche” (Missel Romain)

Commentaire de l’Évangile : Heureux êtes-vous Mt 5, 1-12

Commémoration de tous les fidèles défunts

Celui qui croit le Fils a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.” Jean 6, 40

Pierre Bouillon, Jésus ressuscitant le fils de la veuve de Naïm, 1817
Pierre Bouillon, Jésus ressuscitant le fils de la veuve de Naïm, 1817

De tous temps, quelles que furent les civilisations, les hommes célébrèrent leurs défunts depuis un cérémonial funéraire jusqu’aux visites, parfois ritualisées, du lieu de leur sépulture. Depuis le XIe siècle, l’Église catholique fait mémoire de ses fidèles défunts chaque 2 novembre. Promulguée par le pape Léon IX (1049-1054), cette fête trouverait son origine dans l’initiative de saint Odilon, abbé de Cluny, en 998. Celle-ci s’inscrivait dans les traditions précédentes de l’office des défunts.

Rattachée explicitement à la fête de la Toussaint, la commémoration des tous les morts vient rappeler l’espérance du salut et de la Résurrection envers celles et ceux – dont seul le Seigneur connaît la foi (Missel Romain). C’est cette vie éternelle promise que les fidèles célèbrent en priant pour leurs défunts.

Commentaire de l’Évangile : Jugement dernier Mt 25, 31-46 ou Le pain de vie Jn 6, 37-40

Dédicace de la basilique du latran

Il parlait du sanctuaire de son corps” Jean 2, 21

Le Christ et les Apôtres, façade de la basilique Saint Jean du Latran - Rome (wikimedia commons)
Le Christ et les Apôtres, façade de la basilique Saint Jean du Latran – Rome.

Le Latran est un ancien domaine, situé au sud-est de Rome, ayant appartenu à la famille des Laterani, patriciens romains. Au début du IVe siècle, l’empereur Constantin Ier offrit cette propriété à l’évêque de Rome, Sylvestre Ier (Le fameux saint Sylvestre du 31 décembre) afin qu’il érige pour les chrétiens de la ville une domus ecclesia (maison d’assemblée / église). Sylvestre choisit de bâtir un édifice ne reprenant pas le plan d’un temple profane mais celui d’une basilique – bâtiment servant aux assemblées publiques et aux commerces. En 324 (ou 318), le 9 novembre, cette basilique fut dédiée au Christ Sauveur tandis que son baptistère, à proximité, fut consacrée sous le vocable de saint Jean Baptiste. Elle devint alors le premier édifice chrétien “mère et tête de toutes les Églises de la Ville et du monde” comme il est aujourd’hui inscrit (en latin) sur son fronton.

Elle fut plusieurs fois reconstruite à la suite des incursions wisigothe et vandale du Ve siècle, un tremblement de terre en 856 et un incendie en 1361. Enfin, la basilique du Latran bénéficia d’un vaste et long chantier de restauration et d’agrandissement au XVIIe siècle. En 1724, à l’occasion de sa reconsécration, le pape Benoît XIII inscrivit la fête de sa dédicace, le 9 novembre, au calendrier liturgique de toutes les églises catholiques.

Première église, elle est aussi la première cathédrale, siège de l’évêque de Rome, le pape, et le demeure encore aujourd’hui. La fête de la dédicace du Latran célèbre ainsi l’unité des membres de l’Église universelle, unité dont l’évêque de Rome est le garant. Mais plus que cela, comme aussi les textes liturgiques le soulignent, la dédicace du Latran rappelle qu’en premier lieu le Christ Sauveur se révèle être ce nouveau Temple, sanctuaire venant rassembler et unir les divers membres de son Église. Une Église dont chacun, par le don de l’Esprit, devient lui-même sanctuaire de Dieu.

Commentaire de l’Évangile : Première confrontation au Temple Jn 2, 13-25

Christ roi de l’univers

Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume” Lc 23, 42

Jindřich Prucha, Crucifixion, 1912
Jindřich Prucha, Crucifixion, 1912

La fête du Christ Roi est célébrée à l’occasion du dernier dimanche de l’année liturgique. Elle précède ainsi le 1er dimanche de l’Avent. Mais son histoire n’est pas liée à la fin d’un calendrier. Elle nait dans un contexte bien particulier. La fête du Christ Roi fut instituée par le pape Pie XI, il y a 100 ans, en 1925, année jubilaire et 16e centenaire du concile de Nicée, avec l’encyclique Quas Primas. Elle est alors – avant la réforme liturgique – célébrée le dernier dimanche d’octobre.

L’instauration de cette solennité advient à la suite de la première guerre mondiale, au lendemain de l’avènement révolutionnaire de l’Union Soviétique athée et communiste et dans le contexte de la laïcité en France. Ces événements constituent une vive inquiétude pour le Vatican – et c’est peu dire – qui voit dans ces calamités (sic) la conséquence de la sécularisation de la vie politique laquelle nie la dimension religieuse et chrétienne allant jusqu’à interdire, en certains lieux comme en France, l’enseignement privé des congrégations religieuses.

C’est dans cette crainte du règne du laïcisme, du naturalisme et du relativisme que le pape Pie XI, dans son encyclique Quas Primas, rappelle le règne universel du Christ sur le monde et sur les nations. Le contexte est donc assez conflictuel et le message politique : une mise en garde contre l’avènement d’une domination de l’athéisme ; source, selon Pie XI, de la multiplicité des conflits. Le pape souligne qu’il faut chercher la paix du Christ par le règne du Christ. En cela, les propos de Pie XI ne peuvent être réduits à un discours emprunt de nostalgie ni à une diatribe appelant une nouvelle croisade. Ils rappellent le sens même de la royauté du Fils unique de Dieu qui s’est totalement abstenu d’exercer cette domination terrestre et a dédaigné la possession et l’administration des choses humaines, abandonnant ce soin à leurs possesseurs.

Après la seconde guerre mondiale et la shoah, c’est sur ce dernier point que l’Eglise va insister, notamment à travers la réforme liturgique. Ainsi en est-il des textes qui nous rappellent combien la royauté du Christ est celle de l’amour du Père livré sur la croix, une rédemption offerte à toutes et tous jusqu’à ce malfaiteur crucifié.

Commentaire de l’Évangile : Le salut offert au bon larron Lc 23, 35-43

Bonne lecture et bon partage.

Le calendrier du mois

DateDim. & fêtesCommentaires
26 octobre30e dim. ord.Le pharisien et le publicain Lc 18, 9-14
NOVEMBRE
samedi 1erTOUSSAINT ↑ HistoireHeureux êtes-vous Mt 5, 1-12
2 novembreDéfunts ↑ HistoireJugement dernier Mt 25, 31-46
ou Le pain de vie Jn 6, 37-40
9 nov.Dédicace du Latran ↑ HistoirePremière confrontation au Temple Jn 2, 13-25
16 nov.33e dim. ord.Épreuves et persévérances Lc 21, 5-19
23 nov. Christ Roi ↑ HistoireLe salut du bon larron Lc 23, 35-43
30 nov. 1er dim. de l’Avent (C)Serait-ce la fin du monde ? Mt 24, 34-44
DÉCEMBRE
7 décembre2e dim. de l’AventPréparez le chemin Mt 3, 1-12

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  1. Il faut entendre le mot martyr dans son acception grecque et religieuse. Je résume : martyr (martus/ μάρτυς) signifie témoin. Le martyr désigne ainsi celui qui témoigne de sa foi parfois jusque dans sa vie offerte, victime des persécutions. ↩︎

François BESSONNET
François BESSONNET

Bibliste et prêtre (Vendée). → en savoir plus

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