La Passion selon Matthieu (Mt 26-27) : présentation

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Dim. des Rameaux (A) Mt 26,14-27,66

La Passion selon Matthieu suit le récit de Marc dont l’évangéliste reprend nombre de versets. Cependant, Matthieu possède des éléments qui lui sont propres, lui permettant d’orienter sa narration en soulignant davantage l’accomplissement des Écritures.

Matthias Stom, Les dernière moqueries envers le Christ, 1652

Croix et eschatologie

Cette section de la Passion(Mt 26-27) est précédée du discours eschatologique, comme d’ailleurs chez Marc (Mc 13) et Luc (Lc 21). Le discours eschatologique souligne la fin du ministère apostolique en abordant la question de la fin des temps. Mais, ce discours permet, également, d’associer cette Passion à l’accomplissement du dessein attendu de Dieu. Les paraboles du chapitre 25 annonçaient, en filigrane, cet avènement du royaume du Père et du Fils de l’homme jusque dans l’abaissement de ce roi eschatologique (25,31-46).

Organisation du récit matthéen

Il existe plusieurs manières de structurer ce récit. Les personnages et les lieux demeurent des critères objectifs, mais le vocabulaire récurrent et un thème majeur sont aussi déterminants (cf. infra).

I – JÉSUS ET SES DISCIPLES : LA TRAHISON 26,1-56

L’unité de ce passage tient à la présence des disciples – qui sera moindre par la suite – et surtout par le thème de la trahison de Judas qui encadre cette section (26,1-6 et 26,47-56).

II – JÉSUS ET LES GRANDS-PRETRES : FAUX TÉMOINS ET RENIEMENT 26,57-27,26

Deux interrogatoires encadrent cette partie : celle de Caïphe, le grand-prêtre (26,57-68) et celle de Pilate, le gouverneur (27,11-26). Entre ces deux épisodes, Matthieu a placé le reniement de Pierre et le récit de la mort de Judas qui lui est propre. L’ensemble met en avant le rôle prédominant des grands-prêtres et des anciens résolus à faire condamner à mort Jésus (26,59). Ce que Pilate ordonnera (27,26).

III – AU GOLGOTHA, LE ROI CRUCIFIÉ 27,27-66

L’ensemble de ces épisodes montre Jésus depuis les outrages de la soldatesque romaine (27,27-32) jusqu’à la garde du tombeau par la milice au service des grands-prêtres (27,62-66). Le thème de l’accomplissement des Écritures et de la royauté, attendue ou reconnue, dominent ces différents passages  : Jésus outragé est grimé à la manière d’un roi, crucifié sous ce titulus : Jésus roi des Juifs et moqué pour son impuissance royale apparente. Or, paradoxalement, c’est avec une dignité quasi-royale qu’il est enseveli et, ironiquement, dispose d’une garde. La mort de Jésus (27,45-54), décrite à la manière d’une théophanie, est le cœur de ces péricopes.

Jésus devant Pilate, Duccio di Buoninsegna (14° s.)

Ces trois grandes parties mettent en scène Jésus avec différentes catégories de personnages : Jésus, ses disciples et la trahison (26,1-56), puis Jésus confronté à l’influence des grands-prêtres (26,57-27,26) pour être condamné à mort. Et enfin, au Golgotha, Jésus crucifié, moqué par les uns, honoré par d’autres (27,27-66).

JÉSUS RESSUSCITE

Le changement temporel, après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, permet d’ouvrir une nouvelle section, qui après la Passion (26,1-27,66) abordera les récits de la résurrection. Jésus se manifeste deux fois : d’abord aux femmes après la découverte du tombeau vide, puis, en Galilée, auprès des disciples.  Au centre, Matthieu revient sur la garde sacerdotale et les rumeurs propagées par les grands-prêtres ; rumeurs que contredisent le témoignage des femmes et la parole de Jésus.

Les particularités de Matthieu

L’organisation du récit de la Passion permet, également d’observer la particularité de Matthieu. Ce dernier, comme pour le reste de son évangile, insiste, de manière explicite, sur l’accomplissement des Écritures.

Par rapport aux autres évangiles, Judas tient une place nettement plus développée. De même, la vindicte des grands-prêtres accompagnent tout le récit depuis leur complot (26,4) jusqu’après sa mort et sa résurrection (27,66 ; 28,12).

Que ce soit avec Judas, Pilate ou les grands-prêtres, apparaît aussi, chez Matthieu, un thème lié au sang, propre à Matthieu :

  • Judas : 27, 4 J’ai péché en livrant un sang innocent
  • Grands-prêtres : 27,6 (la somme de la trahison) c’est le prix du sang
  • Grands-prêtres : 27,8 (la somme de la trahison) c’est le champ du sang
  • Pilate : 27,24 Je ne suis pas responsable de ce sang
  • Grands-prêtres : 27,25 Que son sang soit sur nous

Que signifie cette insistance sur le sang ? Faut-il le mettre en lien avec le sang de l’Alliance versé pour la multitude (26,28) ? C’est ce que nous essaierons d’éclaircir. De même nous verrons quelle place tient Pilate chez Matthieu. Chez Luc, il est se fait l’avocat de Jésus, chez Marc, sa présence souligne une certaine indifférence, mais chez Matthieu, Pilate , quoiqu’étonné de l’attitude Jésus, et par crainte d’une révolte, condamne Jésus. Et cela malgré l’avertissement de son épouse, élément propre à Matthieu. Celui-ci, autre mystère, est le seul parmi les évangélistes à désigner Pilate par le titre de gouverneur (ègémôn,ἡγεμών). Qu’est-ce que cela peut bien signifier ?

Autres questions et autres particularités, propres à Matthieu, sont les éléments eschatologiques advenant lors de la mort de Jésus : tremblement de terre, et surtout, résurrection des saints. De même, nous nous interrogerons sur le motif de la garde sacerdotale.

Ainsi, la Passion selon Matthieu présente nombreux éléments qui lui sont propres et orientent le récit d’une manière particulière.

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